C’était lundi soir. Dans un train entre Calais et Paris. Le ministre de l’Économie, parti dans le Nord le matin même aux aurores, est enthousiaste. En quelques heures, Emmanuel Macron a arpenté l’entreprise industrielle Aperam, à Isbergues, qui vient de bénéficier d’un financement de la Banque européenne d’investissement, a déambulé dans la cristallerie d’Arc qui prend un nouveau départ après avoir failli disparaître, ou encore visité à Calais un des gigantesques navires de la société de câbles sous-marin Alcatel-Lucent Submarine Networks. Il est intarissable sur la nécessité de continuer à aller vers de nouveaux marchés, sur le besoin de la France de monter en gamme pour tenir dans la compétition mondiale… Mais il a aussi à l’esprit que, dans quelques jours, il tiendra son premier grand meeting, dont il veut faire le lancement d’une nouvelle étape dans son cheminement politique.


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Emmanuel Macron n’a pas la main qui tremble. Il est fermement décidé à défendre une nouvelle offre politique, quitte à ce que cela secoue un peu plus encore le camp du gouvernement auquel il appartient. La discussion tourne à la confidence… « Je ne me résous pas à ce que ceux qui s’opposent au système aillent vers le Front national », explique le ministre de l’Économie. Aujourd’hui, il porte un regard dur sur la droite comme sur la gauche. « Quand j’avais 16 ans, on nous proposait déjà les mêmes recettes. Il faut regarder pourquoi on a échoué. Si on continue à vivre avec le même système, on va sortir du jeu. » Et comme il constate que ce système perdure, justement, il va lui-même proposer des solutions.

La France ne peut pas être indéfiniment séparée entre les gens qui réussissent et ceux qui ont peur.

C’est là tout l’objectif du lancement de son mouvement En marche ! Il décrypte : « Aujourd’hui, nous avons une responsabilité politique et sociale. La France ne peut pas être indéfiniment séparée entre les gens qui réussissent et ceux qui ont peur. » Il est 19 heures. Il n’y a pas de café à la voiture-bar. Tant pis ! Sa rhétorique n’en est pas affectée. « Le clivage, il est entre progressistes et conservateurs, pas entre gauche et droite ; moi je peux travailler avec tous ceux qui veulent faire avancer le pays. »

Le 12 juillet, à Paris, à la Mutualité, donc, il va « théoriser » ce qu’il veut faire. « Et ce ne sera pas la structuration d’un programme classique de l’entre-soi » Parce qu’il aura fait appel à des gens de toutes sensibilités ainsi qu’à la société civile, qu’il se sera également appuyé sur les maires et les associations. « Ce sont ces gens-là qui sont le plus au contact de la réalité ».  Macron veut rétablir l’égalité des chances, donner à chacun la possibilité de choisir sa forme de travail, briser les corporatismes… Sans se mettre tout le monde à dos ? « Si on explique aux gens, ils comprennent. Moi, quand je vais chez le médecin et qu’il se contente de me donner des cachets, je ne les prends pas ; s’il m’explique la douleur, ses causes et le moyen de la résorber, je sais que c’est un bon médecin. En politique c’est pareil ! On nous donne les mêmes pilules depuis trente-cinq ans et personne ne les prend. On en a encore la preuve aujourd’hui. »

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J’ai fait un choix radical et je sais que si j’échoue, le système m’expulsera.

Diagnostic, solution, mise en œuvre : ce sera sa méthode. Reste à savoir comment cela sera alors reçu, à la fois par les Français et par la classe politique. Il se donne quelques semaines, voire quelques mois… « Le 6 avril, quand j’ai lancé En marche! Je sais que j’ai fait un choix radical. Et je sais que si j’échoue, le système m’expulsera », dit-il lucide. Un selfie, « ma mère vous adore », lâche une jeune fille qui traverse le wagon. « Il faut être sympa avec les gens, ce n’est pas grand-chose… », sourit-il. Ce jour-là, le ministre ne refuse aucune photo, prend le temps d’aller serrer les mains de ceux qui l’attendent sous la pluie. « Pas pour être populaire »

« J’ai toujours respecté les gens du PS, y compris ceux qui ne sont pas d’accord avec moi ; je comprends très bien que certains me voient comme un personnage qui n’est pas conforme aux promesses de 2102 », dit-il. Mais « je ne fais pas ça pour être populaire, je fais ça pour changer les choses. Je me donne du mal et je le fais pour mon pays, pas pour un parti. »